Seul en couple

couple-tendresseQu’est-ce qui fait que beaucoup de personnes choisissent de vivre le couple ?

Est-ce parce que la société occidentale propose ce schéma comme « le bon », « la norme » et qu’il est important de rentrer dans les cases ?

Est-ce parce que vivre seul(e) c’est « triste » ou « ennuyant » ou encore « trop confrontant à soi-même » ?

Je suis avec quelqu’un parce que j’en ai besoin, comme une impossibilité à être seul, ou parce que j’en ai le désir, vérifier alors si c’est le désir de rentrer dans la norme ou celui d’être avec une personne choisie ?

Et l’amour dans tout ça ?

Avant de vous apporter quelques éléments sur ma vision des choses, je voudrais revenir sur la base, sur ce qui nous constitue, nous, habitants de cette planète terre. Pour cela je vais revenir sur ce qu’est un besoin. Si je reprends ce que disait Maslow dans sa célèbre pyramide, un besoin est lié à une nécessité vitale, physiologique, psychologique ou affective. Dans notre vie, nous faisons de nombreuses choses car nous en avons besoin :

  • Manger, dormir, respirer… pour vivre
  • Avoir un toit ou un abri, de l’argent… pour notre sécurité
  • De lien avec les autres (famille, amis..), de respecter les lois d’un pays … pour exister en société
  • De s’affirmer, d’être reconnu, d’influencer … pour s’individualiser
  • De s’accepter, de s’épanouir… pour être soi

Le vocabulaire courant emploie souvent un mot pour un autre. Par exemple : non Je n’ai pas besoin d’une nouvelle robe, en revanche j’ai besoin d’habits pour protéger mon corps et respecter les lois de mon groupe d’appartenance qui interdit de se promener nu. Et même si on dit « j’ai envie d’aller aux toilettes », en fait on exprime un besoin physiologique, envie ou pas envie il va falloir y aller de toute façon.

Qu’en est-il du couple ? A-t-on besoin d’aimer et d’être aimé ?

Dans ses ouvrages, le psychosociologue Jacques Salomé, décrit les besoins relationnels, c’est-à-dire ce dont nous avons besoin dans notre relation aux autres. Il parle des besoins de se dire, d’être entendu, d’être reconnu, valorisé et il ajoute celui de pouvoir s’aimer. Ainsi, d’après lui, ce dont nous avons besoin est de s’aimer soi-même. Et c’est seulement une fois que l’on contacte cet amour là qu’il nous est possible de véritablement aimer l’autre. Est-ce que j’oserais demander à quelqu’un de m’aimer si déjà moi je ne m’aime pas ?

Si l’on s’en tient à ces définitions, il n’existe pas de besoin de vivre en couple. Il existe un besoin de vivre en lien avec d’autres personnes, parce que c’est grâce à ces relations que la personne peut exister puis s’individualiser. Pour cela, observez l’évolution des enfants qui aux prémices de leur vie croient ne faire qu’un avec leur mère, puis en grandissant apprennent à faire la différence entre leur personne et l’autre, pour devenir de plus en plus autonome jusqu’au moment où ils sont indépendants. C’est dans la relation à l’autre, dans le mimétisme que l’enfant se construit. Une personne peut avoir une très belle vie en ne vivant jamais à deux. Il suffit de voir l’exemple des prêtres, ces personnes vivent une vie de célibat et mènent une vie souvent très riche en relations. Leur vie physique, psychique, sociale, affective n’est pas compromise par leur célibat. C’est un choix de vie reconnu et accepté par les codes la société.

Alors qu’est-ce qui fait que certaines personnes disent avoir besoin d’être avec quelqu’un ?

A mon sens, ces personnes confondent le fait d’avoir besoin d’être avec quelqu’un et le désir que l’on a de partager une intimité, un quotidien, des instants privilégiés avec une personne. Quelle qu’en soit la raison, être en couple est un choix. Et parfois le choix consiste à ne pas être seul(e), ce n’est donc pas une personne spécifique (aimée ?) qui est choisie, le choix se porte sur « combler le vide ». Combien de personnes restent en couple par peur de se retrouver seul(e) ?

Et qu’est-ce qu’elle a de si terrible cette solitude ? En dehors du fait que je trouve triste qu’une personne s’ennuie quand elle reste seule, cette peur de la solitude créée une dépendance à l’autre. Et c’est la porte ouverte à de nombreux dysfonctionnements et prises de pouvoir de l’un sur l’autre. Même si cela n’est pas complètement conscient, lorsqu’il y a une dépendance dans une relation, cela brime la liberté des 2 personnes. Vivre en permanence en fonction de l’autre, par rapport à l’autre, dépendre de l’affection, du temps, de l’argent qu’il veut bien me donner est à mon sens source d’un grand déséquilibre.

Exemple frappant : une femme devient dépendante de son homme parce qu’elle reste à la maison s’occuper des enfants, sacrifiant sa carrière, une partie de ses activités… et sa source de revenus. Alors que cette femme était parfaitement autonome, elle devient dépendante de son conjoint financièrement, de la disponibilité du partenaire qui travaille… Alors qu’elle a choisi une partie de cette situation, elle finit par avoir besoin de l’autre pour assurer sa survie (enfin c’est ce qu’elle risque de croire car la dépendance n’est pas réelle, cette femme a des ressources en elle qu’elle saura utiliser quand elle le souhaitera).

Exemple plus subtil : un homme qui a manqué d’affection dans son enfance va chercher à combler ce vide de tendresse (qui est en lui) dans sa relation de couple. Certes il y a de la tendresse qui circule dans la relation de couple, seulement là la demande est excessive, elle dépasse ce que la femme peut lui offrir. Plus il va être en demande (comme un besoin vital pour lui) et plus cela risque de créer du rejet chez l’autre qui ne peut combler ce vide.

Pourquoi ? Parce que le partenaire n’est pas là pour réparer les manques de l’enfance, ni pour guérir les blessures. Si j’ai besoin de l’autre, c’est comme si je lui demande de prendre en charge mes difficultés.

Alors que si je suis capable de m’aimer (au moins un peu), que j’apprécie ma propre compagnie, que j’ai mes propres projets de vie, une indépendance émotionnelle, sociale et financière, alors je peux proposer une relation à l’autre qui soit belle et équilibrée car il me sera possible de choisir, à chaque instant, avoir le choix. Et il y a de grande chance que je sois capable d’avoir le recul nécessaire pour voir quand l’autre tente de créer une dépendance par ses propres manques et de la refuser ou l’accepter consciemment.

Si j’ai besoin de l’autre pour tenir debout, qu’est-ce qui se passe s’il part ? Je m’effondre ?

Si chacun tiens debout par lui-même, n’est pas agréable de choisir de se tenir la main pour avancer ensemble, librement ?

J’ai été célibataire longtemps avec cette souffrance à l’intérieur de ne pas être « comme tout le monde » (sous-entendu en couple stable, heureuse, amoureuse…). Et puis à force de travailler sur moi et d’écouter les personnes autour de moi, je me suis rendue compte que j’étais bien plus heureuse seule que beaucoup de personnes en couple. J’entendais des histoires qui m’horrifiaient d’ennui, de lassitude, de tristesse, de « c’est comme ça », « y’a les enfants », « ce n’est pas si mal », « je m’y suis fait », comme si ces personnes avaient abandonné les parties les plus pétillantes d’elles-mêmes sur le bord du chemin, quelque part, il y a longtemps. Ces récits qui me permettaient de m’endormir le soir en souriant, avec cette idée qu’il est préférable d’être seule que mal accompagnée.

Et il y a eu une rencontre, différente des autres, une forme d’évidence. Dès le début j’ai dû choisir ce que je comptais faire de cette évidence tombée du ciel qui me bousculait dans tellement de dimensions dans ma vie, compromettant des projets, des amitiés… J’ai opté pour l’aventure « d’être avec quelqu’un » et chaque jour depuis, je suis heureuse de me sentir libre de pouvoir choisir. Je me rends compte que ces années de célibat m’ont permis d’acquérir une véritable autonomie avec moi-même. Et c’est cette indépendance qui me permet d’offrir à l’autre le meilleur de moi, chaque jour. Loin l’image du conte de fées, le travail personnel est permanent et les recalages fréquents. Seulement, chacun de nous tient debout par lui-même et nous choisissons tous les jours de nous prendre la main ou pas, et c’est un grand bonheur !

Alors besoin ou envie de vivre une relation particulière ? … moi j’ai choisi d’avoir envie !

Et vous ? Quel choix faites-vous pour votre vie ?

Et pour le plaisir des oreilles… surtout ne prêtez pas trop attention aux paroles.

Gaëlle Dupont

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Cet article fait partie de l’événement du mois d’À la croisée des blogs. Pour en savoir plus :

sur l’événement : http://acteur-de-sa-vie.com/evenement-du-mois-la-relation-a-lautre-besoin-ou-envie

sur le responsable de l’événement :  http://acteur-de-sa-vie.com

sur le site organisateur : http://developpementpersonnel.org

5 Commentaires

Classé dans DevPerso.org, Relation à soi, Relation de couple

5 réponses à “Seul en couple

  1. theoduverger

    Il est top ton article Gaëlle.
    Pourrais tu stp nous conseiller quelques livres de Jacques Salomé, qui d’après toi, collent le mieux à ce thème?
    Merci encore!

    • Les livres de Jacques Salomé sont nombreux, en général le mieux est d’aller en librairie et se laisser guider par celui qui parle le plus…
      Quelques titres cependant :
      – Parle-moi j’ai des choses à te dire
      – Jamais seuls ensemble
      – Aimer et se le dire
      – Je croyais qu’il suffisait de t’aimer
      Bonne lecture !

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